Nous voici de retour de Turin, fatigués mais comblés : le Raid Hannibal 2007 est derrière nous
Au moment de panser nos plaies, de reprendre un visage humain et notre vie de simples ‘civils’, voici l’heure de faire un bilan de cette aventure humaine et sportive qui aura duré plus de 5 mois pour les 6 membres de l’Equipe avec un grand ‘E’, car c’est elle qui aura permis ce succès et déjoué les pièges tout au long de ce parcours de warriors de près de 200 kilomètres et 8 000 mètres de dénivelé positifs en quatre jours.
Tout d’abord il faut parler de succès, de victoire pleine, car même si ce n’est pas notre genre de nous la raconter, finir 6ème du Raid Hannibal au milieu des étudiants, des sportifs de haut niveau et des trailers avertis était pour nous une utopie jusqu’à l’arrivée de ce dimanche 20 mai dans le parc du château de Turin. Nous ne voulons donc pas cacher notre joie, notre fierté de l’avoir fait et de faire durer ces sentiments positifs.
Sans l’aide de nos proches, de nos entreprises et l’excellente organisation de l’association de l’E.M. LYON ‘Raid Hannibal’,l’aventure n’aurait pas existé : nous les remercions donc chaleureusement d’avoir créé une telle mise en scène dans ce décor de rêve que sont les Alpes (surtout sous le soleil). Nous remercions aussi le carthaginois Hannibal Barca et son ambition sans mesure qu’a été de traverser les Alpes avec ses milliers d’hommes et ses quelques éléphants (17, 27 ou 37 ? le sauront nous un jour?…) pour défier Rome.
Nous n’avions pas d’éléphants mais nous avions Aliballe la Babance et Daniballe pour nous pousser dans les montées, Aurélaïe pour nous ouvrir la voie dans les descentes, Flo et son moteur généreux pour répondre présente aux moments clés, Fred – la Gérance de l’ombre – qui a été aux petits oignons avec toute la troupe et Léo le roi des animaux – dit Captain Fly – pour nous redonner goût à regarder dans les airs le jour et le haut du classement le soir!
Durant 4 jours, nous avons retrouvé nos jambes de 20 ans et nous sommes découvert un souffle inépuisable et des ailes pour remonter et descendre ces pistes de skis, pour traverser les torrents, pour passer ces cols de l’Alpes d’Huez, de la Croix de Fer et du Mont Cenis, pour joindre les villes fortifiées … et finalement pour voler jusqu’au château de Turin. C’était un vrai plaisir pour nous de vivre ces moments en compagnie de concurrents-collègues attachants, respectueux et entraidant la plupart du temps.
La composition de l’équipe a été la clé…
Complémentaires, tous unis avec le même objectif, partageant des valeurs communes et prêts à donner le meilleur de nous-mêmes pour les autres membres lors de leurs passages difficiles – nous les détailleront plus loin – dans la vie de tous les jours comme dans l’effort. L’équipe est née en janvier et ensuite nous avons communiqué presque tous les jours pour mener à bien ce projet : entraînements (individuels, compétitions, week-end de mise au vert), sponsors, aspects logistiques (la liste est longue, mais nous n’avions rien oublié d’essentiel), tenues de combat. Rien n’a été laissé au hasard et avant de laisser nos jambes s’exprimer, nous nous sommes creuser les méninges et avons poser sur la table toutes nos cartes personnelles.

Car il a fallu se serrer les coudes pour surmonter les moments difficiles…
Plusieurs coups durs auraient en effet pu faire capoter le projet.
Le premier, et non des moindres, est l’accident de voiture de Léo survenu le 18 mars dernier entre Gap et Embrun.

Au-delà des 3 semaines de minerve et repos forcé, voir la mort et le digérer est une étape à franchir, surtout qu’avec la route, la justice n’existe pas, comme en témoigne l’état d’Estelle, 26 ans, une amie d’enfance de Léo aujourd’hui depuis 2 ans dans un centre pour neurovégétatifs à la suite d’une sortie de route similaire. Nous lui adressons ici tous nos vœux de rétablissement et nous soutenons sa famille à son chevet depuis juin 2005.
Côté moral, l’équipe n’a pas été épargnée non plus au cours des derniers mois : rupture (pas tranquille), problèmes familiaux, financiers, braquage de la voiture de Daniel et vol d’équipements lors de notre dernier week-end d’entrainement à Villersexel (70), blessures récurrentes d’Ali (tendinite aux genoux et cheville gauche en miettes) et Léo (entorse à la cheville droite), otite de Daniel une semaine avant le Raid, psoas enflammé de Fred qui a suivi la préparation physique de bout en bout et a serré les dents pour suivre le sprint final …
Ce projet et le soutien de toute l’équipe a été une source de motivation supplémentaire pour passer outre ces bas et rebondir.

Jusqu’à la veille du grand départ…
Nous n’en menions pas large ce mercredi soir 16 mai alors que nous nous retrouvions chez Flo pour un dernier brainstorming et plat de pâtes en petit comité. L’appréhension de décevoir les autres membres de l’équipe, de se blesser au cours des épreuves, synonyme de mise hors course, ce qui a coûté cher à beaucoup d’équipes durant le Raid. La fatigue physique et moral dû aux nuits à faire le Raid dans sa tête sans pouvoir trouver le sommeil, les regrets du ‘on aurait pu’ et des ‘j’aurais pas dû’…

Unis dans la souffrance pour repousser nos limites et transformer les pleurs en larmes de joie
Un carnet de bord quotidien rédigé au cours des 4 jours et mis en ligne en direct par Marion de o2sources vous permettra de suivre nos exploits sportifs de Lyon à Turin. Un reportage effectué par Marc de Only Sport devrait également paraître prochainement dans le numéro 2 de son magazine mensuel gratuit.
Pour résumer nous sommes entrés dans la course avec l’appréhension de trop donner au début, car nous n’avions pas l’expérience d’un tel enchaînement de difficultés et redoutions les profils de chaque épreuve. Après le premier jour, nous nous sommes bien étirés et surpris de nous retrouver dans les 10 premières équipes même si les écarts étaient relativement faibles. Quelques petites frictions apparurent entre Ali et Léo, au cours des premières étapes, car ils ne tenaient pas le même discours, entre l’ambition d’Ali et sa générosité dans les premiers efforts, et Léo qui craignait les blessures qui nous auraient privées de notre objectif premier, finir le Raid sur nos 12 jambes peu importe le classement.
Puis nous avons pris les épreuves comme elles venaient en donnant tout, Daniel à vélo et Ali à pied poussant ou tirant Aurélie, Léo se concentrant sur son souffle pour suivre le rythme. Chaque arrivée a été atteinte au mental, chaque départ s’est fait à notre rythme malgré les rythmes tonitruants imposés par certaines équipes et ce, pour mieux monter en puissance tout au long du Raid. Stratégiquement, nous avons très bien joué le coup que ce soit au niveau des remplacements aux J2, J3 et J4 ou lors des Courses d’orientation où nous avons fait aussi bien que les cadors du Raid, grâce aux bonnes décisions de Daniel, aux yeux perçants et la rapidité d’Ali, aux ressources physiques de Florence et Aurélie et aux alliances gagnant-gagnant avec d’autres équipes facilitées par le réseau de Léo (notamment Médecine Grange Blanche et l’Institut Supérieur d’Ostéopathie pour le J2 et surtout avec les Barbus et la Transalpine pour le J4).
Au niveau physique, nous étions prêts : l’entrainement individuel et collectif a porté ses fruits puisque jusqu’à la dernière minute nous avons couru. On a tous dépassé nos limites comptant sur le reste de la Team pour nous soutenir dans l’après-effort, comme en témoigne le passage à vide d’Ali après avoir passé la ligne d’arrivée du Run & Bike suivi l’ascension du Mt Cenis du J3.
Il est difficile de retenir un moment de solidarité plus fort qu’un autre tellement nous nous sommes portés et supportés mutuellement dans toutes les épreuves : c’est ce qui a permis de faire un score d’équipe certainement très supérieur à ce qu’aurait pu être la moyenne des temps individuels de chacun. Entre le classement du 3ème jour et le scratch final, nous bondissons de 6 places (de 12ème à 6ème !), malgré un 4ème jour ‘facile’ dixit le Responsable parcours. Nous prenons même 40 minutes à la Région Rhône Alpes et 1h10 à la SNCF, nos plus tenaces concurrents dans le classement entreprise.
Comme nous sommes perfectionnistes, nous avons noté que pour viser plus haut lors d’une prochaine édition, il fallait encore progresser dans les descentes en vtt et rester groupés au maximum lors des étapes pour mieux gérer l’effort et maintenir le rythme en profitant de la force d’aspiration.
Des phrases motivantes dans les moments-clés pour un garder un mental d’acier
Grâce à notre complicité née du passé du groupe et notre amitié, au-delà des mains tendues et des coups de reins pour maintenir le rythme de l’équipe dans les montées, nous avons beaucoup communiqué entre nous, même lorsque notre souffle ne nous le permettait qu’à moitié et cela nous a permis de ne jamais mettre le pied à terre (hormis Léo dans la descente aux enfers en VTT suivant le Col de la Croix de Fer).
Moments choisis :
‘Babance, Babance, tes supporters sont là !’
Aurélie : ‘Take it Easy !’, ‘On va les bouffer’, ‘2h30 : on déchire le chrono de 3 heures !’, ‘J’aimerai bien le voir Matthieu dans ce trek ‘facile’ !’, ‘grâce au torrent qu’on a traversé, j’ai retrouvé mes jambes de 20 ans‘
Ali : ‘On déroule et on récupère ‘ soufflait-il dans (toutes) les descentes, ‘Plus c’est dur, mieux c’est…‘, ‘On a signé pour ca ! On déchire tout, on lache rien…‘, ‘Pour le run&bike, vous prenez les vélos dans les montées et on envoie du lourd avec la Flyance‘ plus de 2 heures avant la fin de l’ascension du Mont Cenis et à près de 3 heures de la déshydratation d’effort et l’hypoglycémie de l’arrivée du J3 où il répétait ‘O gramme‘ (pour l’alcool pas de doute, le problème c’est quand il s’agit du taux de sucre dans le sang…)
Daniel : ‘On s’affole pas…‘, ‘Protégez-moi du vent‘ dans le col de la Croix de Fer, ‘Dans mes roues !‘, ‘On ne se met pas dans le rouge maintenant !‘, ‘en passant par là, on se fatigue moins qu’eux‘, ‘on marche quand ca monte et on court au plat et dans les descentes‘ et la phrase magique du spécialiste es CO ‘Mieux vaut marcher dans la bonne direction que courrir dans la mauvaise‘
Léo : ‘Help‘ à Daniel à un kilomètre du col de la Croix de Fer, ‘Allonge tes grandes jambes ‘ toujours à Dan dans l’ascension du Mont Cenis, ‘C’est les montées que tu préfères, alors profite ‘, ‘Prends le train‘, ‘Souffle bien et on remet çà‘ à Aurélie dans la même ascension, ‘c’est du solide !’
Flo : ‘Dan, j’ai trop peur‘ dans une descente VTT à plus de 15% à une vitesse vertigineuse, ‘Dites moi quand on est à 500 mètres de l’arrivée‘ à la CO du J3 en prévision de sa botte secrète, le sprint final !
Fred : ‘Les tentes sont montées, allez à la douche !’, ‘Il FAUT qu’Ali finisse’…
L’après Raid des Take It Easy
Nous avons tous dû faire des sacrifices pour rencontrer ce succès et nous avons été récompensés. La sauce a bien pris entre nous et n’est pas prête de tourner. Nous avons tellement appris au cours de cette expérience que nous voulons revivre ce type de moments extraordinaires.
Mais qu’allons-nous devenir ? Chacun des membres de l’équipe de choc reprenant sa route, cette question s’impose. Nous ne voulons pas arrêter l’aventure ici, maintenant que ce groupe est né. Avec le départ de Capitaine Fly pour l’hémisphère Sud, il faudra sûrement un autre grand rendez-vous du type Raid Hannibal 2008 ou Raid dans la nature australienne pour revoir la bande des 6 (et même 7 avec notre grand Reporter Marc) sous le même maillot, plusieurs projets à court terme se dessinent : le Bol d’Air avec les équipes de PwC Lyon et Merial, la Thou-night en juin, l’ascension du Mont Blanc en juillet, le semi-marathon de Marseille-Cassis en octobre, la SaintéLyon en décembre…
